Rodrigue Delattre

Sur le fil

Sur le fil

Oscillant constamment entre deux états contradictoires, le travail pictural de Rodrigue Delattre reflète cette activité permanente de cultiver le don d’ambiguïté. A travers une esthétique faussement incertaine, enrichie de signes antinomiques et de figures en suspension, l’image produite renvoie ici au questionnement-même du fragile équilibre pictural.

Inhumant de fantomatiques sujets « humains » peints, dessinés ou sérigraphiés, l’acharnement gestuel effectué se poursuit jusqu’au recouvrement, total ou partiel des sujets ici traités. Le harcèlement polymorphe et matiériste ici mis en exergue ne démontre en rien le désir de réponse, mais souhaite soulever le questionnement, l’intrigue, le flottement cognitif, le mouvement évolutif comme une nécessité, un leitmotiv permanent.

Encre, peinture, dessin, effacement, suppression, camouflage, quadrillage, tout est bon pour ne pas en rester là, aux dépens de ce que peut représenter la nature humaine à travers la structure de son pouvoir communicateur, de l’image qu’elle envoie.

A travers ce processus créatif, l’absence redevient étrangement pesante, le blanc retrouve une présence ignorée que renforcent ces innombrables formes géométriques d’un noir profond faisant au passage considérablement écho aux compositions flottantes, suspendues, tel un justificatif solide, nous rappelant à une réalité mathématique et rationnelle. Décidément, la peinture de Rodrigue Delattre n’est pas un rêve éveillé, encore moins une improbable chimère, nous sommes bien ici en présence d’une proposition picturale nous délivrant un lieu particulier, le don d’un espace où tout devient possible, à condition que nous acceptions, seuls, de choisir ce qu’il en advient.