Rodrigue Delattre

Painting is…

Painting is…

Forme distinctive d’ironie laconique, la peinture de Rodrigue Delattre ne craint pas de montrer des inepties. Comme pratique visuelle liée au corps, elle donne de la rugosité à ce qu’il y a de lisse dans la nature, nous conduisant dans cette autre réalité de l’espace de pensée. Par leurs présences fantomatiques au sein d’un univers éminemment flottant, les figures (humaines ?) distantes et réduites au silence qui habitent cette peinture dont les yeux ne sont ici que trous noirs plongés dans l’ombre – des cavités derrière lesquelles quelque chose est en train de naître – inquiètent au point d’en devenir obsessionnelle. Il est à la fois mystérieux et atterrant de constater combien cette peinture incarne par essence un lieu de l’au-delà. Le point commun de cette présente série se trouve peut-être dans cet aveu où la thématique du « renouveau », voir de la « renaissance », sous-tendent la terminologie de la mort.

La spécificité de ce travail pictural et figuratif, presque graphique réside dans l’extrême économie picturale, le sens minimal de la fiction et de la composition, ainsi que le traitement en aplats de couleur issue d’une palette éminemment personnelle. Des formes géométriques oscillent entre l’objectivité concrète de la représentation mimétique et les abstractions de surfaces. Le camouflage est ici facteur de style et de leitmotiv. Ce double jeu est également manifeste dans le traitement des figures obscurcies et des dissimulées (« TAKE A PEBBLE ») qui nous parviennent que de loin et dans l’utilisation systématique d’un rectangle noir horizontal (simplicité trompeuse de son style) capable d’éclipser certains éléments tout en asseyant l’ensemble de la composition. « Trait d’esprit », « trait d’union », il contamine l’ensemble de ses travaux, le motif répété de l’aigle (parfois démultipliée, « TREE BIRDS ») vient perturber ce consensus esthétique. Dans ce décorum plastique, chaque élément a besoin de son contraire pour exister, raison pour laquelle, l’artiste fait référence à une énumération abondante de signes antagoniques : l’image et l’écrit, (« PAINTING IS A WHORE EXPENSIVE »), le noir et le rouge, (« MY HANDS BURN MY MIND »), la rigidité et la régularité géométrique, (« RED BIRD ») renforcés par l’expression matiériste. Ici les jeux de cache-cache deviennent partie intégrante d’une herméneutique immanente à l’œuvre de Rodrigue Delattre.

 

Marion Estimbe